J'ai trouvé le cadavre ce matin. Froid. Il gisait sur le sol de la cuisine. Nue, décortiquée et même déveinée, la victime était enduite d'un liquide collant et piquant. Une sauce aigre-douce pour préciser. Après quelques coups de fil à mes contacts de la police, j'ai constaté que la victime appartenait à un groupe d'activistes bien connus du milieu, opérant sous le nom de
Souper de la veille. La veille, justement, elle ne s'y trouvait pas quand je suis montée me coucher, j'en mettrais ma main au feu. Comment cette crevette avait-elle pu atterrir là, précisément sur mon carrelage fraîchement lavé? L'amoureux a été convoqué en interrogatoire: même sous la torture, il a juré qu'il n'avait rien à voir là-dedans, avouant s'être levé durant la nuit pour manger un beigne au chocolat, mais pas de petites crevettes sautées, vestiges d'un repas en famille délicieux. Il ne restait plus qu'un suspect de taille: Bébé fille. Lui faire avouer son crime relevait de l'impossible; même sous la torture, elle ne flancherait pas, habituée elle-même à torturer mes cheveux, seins, doigts ainsi que la télécommande. J'étais confrontée à une criminelle sans pitié, une dure de dure. Il me faudrait l'avoir par la ruse, la coincer avec un nombre incroyable de preuves incontestables.
J'ai donc épluché tous les dossiers du corps policier qui pouvait avoir un lien avec Bébé fille. Et ce que j'y ai trouvé m'a renversée.